Lors du congrès de la Jeunesse au Plein Air (JPA), notre participation à la table ronde dédiée aux ressources humaines dans les Accueils Collectifs de Mineurs (ACM) a permis de mettre en lumière des problématiques profondes qui touchent directement les professionnels de l’animation. La session a été introduite par M. Sandy Basile, Responsable juridique de la JPA, qui a rappelé l'importance de traiter des enjeux de précarité, de manque de reconnaissance et de tension dans ce secteur, autant pour garantir la pérennité des ACM que pour valoriser les métiers de l’animation.
Confusion entre les statuts : le témoignage de Pierre Devignes
M. Pierre Devignes, Animateur responsable enfance dans une maison de quartier à Lille, a présenté un état des lieux poignant des réalités du terrain. Fort de ses nombreuses expériences au sein des ACM, il a relevé un problème structurel majeur : la confusion entre les animateurs permanents (engagés à l’année) et les animateurs occasionnels(généralement sous contrat court pendant les vacances scolaires ou les week-ends). Cette confusion a des impacts directs sur la qualité de l’encadrement, la cohésion des équipes et l'exécution des projets pédagogiques.
Différences dans les projets pédagogiques
Les animateurs permanents, investis sur le long terme, sont souvent responsables de projets pédagogiques qui demandent du suivi, de la continuité et une implication soutenue. Ces projets, pensés pour répondre à des objectifs éducatifs précis, sont mis en œuvre sur plusieurs mois et nécessitent une bonne connaissance des enfants, de leur environnement et des objectifs à atteindre. À l’inverse, les animateurs occasionnels interviennent de manière ponctuelle et, bien qu’indispensables, n’ont pas toujours le temps ou les moyens de s’intégrer pleinement dans ces projets de longue haleine. Cela crée un décalage qui peut nuire à la continuité pédagogique et à l’harmonie des activités proposées aux enfants.
Disparités dans la rémunération et les conditions de travail
M. Devignes a également pointé du doigt les fortes disparités en termes de rémunération et de conditions de travailentre ces deux catégories d'animateurs. Les animateurs permanents, malgré leur implication et les responsabilités importantes qu’ils assument, sont souvent mal rémunérés. Le secteur de l'animation souffre en effet d'une sous-valorisation économique globale, qui ne reflète pas l’importance des missions remplies. Quant aux animateurs occasionnels, leur situation est encore plus précaire. Engagés sous des contrats à durée déterminée (CDD), souvent de très courte durée, ils n'ont pas la stabilité nécessaire pour envisager ce travail comme une véritable carrière.
Les conditions de travail sont aussi un point de divergence important. Les animateurs, qu’ils soient permanents ou occasionnels, travaillent souvent dans des conditions particulièrement difficiles, avec des horaires atypiques incluant les soirées, les week-ends et les vacances scolaires. Cette réalité, combinée à la charge mentale associée à la gestion de groupes d'enfants, contribue à l'épuisement des professionnels du secteur et au manque d’attractivité de ces métiers.
M. Devignes a insisté sur la nécessité d’une distinction claire entre ces deux statuts afin de garantir une meilleure reconnaissance des animateurs permanents, tout en améliorant les conditions des animateurs occasionnels. Selon lui, cette clarification permettrait de renforcer la professionnalisation du secteur et d’éviter les confusions qui pénalisent aussi bien les équipes que les enfants encadrés.
Valorisation du statut d'animateur professionnel : la prise de parole d'Alexis Demoncheaux Wemeaux
La prise de parole de M. Alexis Demoncheaux Wemeaux, Responsable National de l’animation volontaire au CEMEA, a enrichi le débat en soulignant un enjeu essentiel : la nécessité de valoriser le statut d’animateur professionnel. Il a fermement soutenu que les animateurs permanents et professionnels doivent être distingués de ceux intervenant dans un cadre plus ponctuel ou sous le statut de volontaire.
Enjeux autour de la professionnalisation
Pour M. Demoncheaux Wemeaux, la confusion entre animateurs professionnels et volontaires nuit à la reconnaissance et à la professionnalisation du secteur. Il a plaidé pour une valorisation accrue du métier d’animateur professionnel, tant au niveau de la rémunération que des conditions de travail, afin que ce statut soit attractif et respecté. La reconnaissance sociale des animateurs est insuffisante par rapport à la responsabilité éducative qu’ils assument.
Le BAFA comme outil d'engagement citoyen
M. Demoncheaux Wemeaux a également insisté sur le rôle central du BAFA (Brevet d'Aptitude aux Fonctions d'Animateur) dans la formation des jeunes. Contrairement à une vision réductrice qui en fait un simple certificat technique, il a défendu l’idée que le BAFA représente bien plus : il s’agit d’un outil de formation humaine et citoyenne. Pour lui, la formation BAFA vise avant tout à former des jeunes à l’engagement citoyen, à la prise de responsabilité et aux valeurs de solidarité, bien au-delà des compétences d’animation stricto sensu.
Le statut d'animateur volontaire, souvent associé à la formation BAFA, est une première étape dans le parcours d’engagement d’un individu, et non seulement une porte d’entrée dans la profession d'animateur. Pour M. Demoncheaux Wemeaux, l’animation volontaire n’est pas un métier, mais une expérience formatrice qui enrichit le parcours personnel de ceux qui s’y engagent.
Il a insisté sur la nécessité de ne pas confondre cet engagement volontaire avec celui des animateurs professionnels, dont le travail mérite une reconnaissance spécifique, notamment pour éviter de sous-estimer la complexité et l’importance des missions éducatives qu'ils remplissent.
Perspectives : Vers une réforme structurelle
Cette table ronde a mis en lumière un besoin urgent de réforme dans le secteur de l’animation. Plusieurs points sont apparus comme essentiels pour améliorer la situation des professionnels des ACM :
- Clarification des statuts : Il est primordial de distinguer clairement les animateurs permanents des animateurs occasionnels et volontaires afin d'éviter les confusions qui nuisent à la reconnaissance et à la professionnalisation du secteur.
- Amélioration des conditions de travail et des salaires : Pour rendre le métier attractif, il est nécessaire d'améliorer les conditions de travail, notamment en ajustant les horaires et en allégeant la charge mentale des animateurs. Une revalorisation salariale est également incontournable.
- Reconnaissance du parcours citoyen du BAFA : La formation BAFA doit être reconnue comme un parcours d’engagement citoyen et non simplement comme une compétence technique, permettant aux jeunes de développer un sens des responsabilités et de la solidarité.
Ces propositions visent non seulement à améliorer la situation des professionnels du secteur, mais aussi à garantir un encadrement de qualité pour les enfants, tout en renforçant la cohérence des projets pédagogiques au sein des ACM. Cette réforme serait bénéfique pour tous les acteurs concernés, des animateurs aux familles, en passant par les institutions et la société dans son ensemble.